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La petite Poucette- Дюймовочка

Il y avait une fois, une femme qui aurait bien voulu avoir un tout petit enfant, mais elle ne savait pas du tout comment elle pourrait se le procurer; elle alla donc trouver une vieille sorci?re, et lui dit :

- J’aurais grande envie d’avoir un petit enfant, ne veux-tu pas me dire o? je pourrais m’en procurer un ?

- Si, nous allons bien en venir ? bout ! dit la sorci?re. Tiens, voil? un grain d’orge, il n’est pas du tout de l’esp?ce qui pousse dans le champ du paysan, ou qu’on donne ? manger aux poules, mets-le dans un pot, et tu verras !

- Merci, dit la femme.

Et elle donna douze shillings ? la sorci?re, rentra chez elle, planta le grain d’orge, et aussit?t poussa une grande fleur superbe qui ressemblait tout ? fait ? une tulipe, mais

les p?tales se refermaient, serr?s comme si elle ?tait encore en bouton.

- C’est une belle fleur, dit la femme.

Et elle l’embrassa sur les beaux p?tales rouges et jaunes, mais au moment m?me de ce baiser, la fleur s’ouvrit avec un grand bruit d’explosion. C’?tait vraiment une tulipe, ainsi qu’il apparut alors, mais au milieu d’elle, assise sur le si?ge vert, ?tait une toute petite fille, mignonne et gentille, qui n’?tait pas plus haute qu’un pouce, et qui, pour cette raison, fut appel?e Poucette.

Elle eut pour berceau une coque de noix laqu?e, des p?tales bleus de violettes furent ses matelas, et des p?tales de roses son ?dredon ; c’est l? qu’elle dormait la nuit, et le jour elle jouait sur la table, o? la femme avait pos? une assiette entour?e d’une couronne de fleurs dont les tiges trempaient dans l’eau ; un grand p?tale de tulipe y flottait, o? Poucette pouvait se tenir et naviguer d’un bord ? l’autre de l’assiette ; elle avait pour ramer deux crins de cheval blanc. C’?tait charmant. Et elle savait aussi chanter, et son chant ?tait doux et gentil, tel qu’on n’avait jamais entendu le pareil ici.

 

Une nuit qu’elle ?tait couch?e dans son d?licieux lit, arriva une vilaine grenouille qui sauta par la fen?tre ; il y avait un carreau cass?. La grenouille ?tait laide, grosse et mouill?e, elle sauta sur la table o? Poucette ?tait couch?e et dormait sous l’?dredon de feuilles de roses rouges.

«Ce serait une femme parfaite pour mon fils !!» se dit la grenouille, et elle s’empara de la coque de noix o? Poucette dormait, et, ? travers le carreau, sauta dans le jardin avec elle.

Tout pr?s de l? coulait un grand et large ruisseau ; mais le bord en ?tait bourbeux et mar?cageux ; c’est l? qu’habitait la grenouille avec son fils. Hou ! lui aussi ?tait laid et vilain, il ressemblait tout ? fait ? sa m?re; koax, koax, br?k?k?kex! c’est tout ce qu’il sut dire quand il vit la jolie fille dans la coque de noix.

- Ne parle pas si haut, tu vas la r?veiller ! dit la vieille grenouille, elle pourrait encore nous ?chapper, car elle est l?g?re comme duvet de cygne; nous la mettrons sur une des larges feuilles de n?nuphar, ce sera pour elle, si petite et l?g?re, comme une ?le ; de l?, elle ne pourra pas s’enfuir, pendant que nous pr?parerons la belle chambre, sous la vase, o? vous habiterez.

Dans le ruisseau poussaient beaucoup de n?nuphars dont les larges feuilles vertes semblaient flotter ? la surface de l’eau ; la feuille la plus ?loign?e ?tait aussi la plus grande de toutes; c’est l? que la vieille grenouille nagea et pla?a la coque de noix avec Poucette.

La pauvre petite mignonne se r?veilla de tr?s bonne heure le matin, et lorsqu’elle vit o? elle ?tait, elle se mit ? pleurer am?rement, car il y avait de l’eau de tous les c?t?s autour de la grande feuille verte, elle ne pouvait pas de tout aller ? terre.

La vieille grenouille ?tait au fonde de la vase et ornait la chambre avec des roseaux et des boutons jaunes de n?nuphar — il fallait que ce f?t tout ? fait ?l?gant pour sa nouvelle bru — et avec son vilain fils elle nagea vers la feuille o? ?tait Poucette afin de prendre ? eux deux le beau lit, et l’installer dans la chambre de l’?pous?e, avant qu’elle y v?nt elle-m?me. La vieille grenouille s’inclina profond?ment dans l’eau devant elle et dit :

- Voil?, mon fils, il sera ton mari, et vous aurez un d?licieux logement au fond de la vase.

- Koax, koax, br?k?k?kex!

C’est tout ce que le fils put dire.

Et ils prirent le gentil petit lit et partirent avec ? la nage, et Poucette resta toute seule et pleura sur la feuille verte, car elle ne voulait pas demeurer chez la vilaine

grenouille, ni avoir son fils si laid pour mari. Les petits poissons qui nageaient dans l’eau avait bien vu la grenouille et entendu ce qu’elle avait dit, et ils sortirent la t?te de l’eau ils voulaient voir la petite fille. Aussit?t qu’ils l’eurent vue, ils la trouv?rent charmante, et cela leur fit de la peine qu’elle d?t descendre chez la vilaine grenouille. Non, il ne le fallait pas. Ils s’assembl?rent sous l’eau tout autour de la tige qui tenait la feuille, et mordill?rent la tige, si bien que la feuille descendit le cours du ruisseau, emportant Poucette loin, tr?s loin, o? la grenouille ne pouvait pas aller.

Poucette navigua, passa devant beaucoup d’endroits, et les petits oiseaux perch?s sur les arbustes la voyaient et chantaient : quelle gentille demoiselle! La feuille avec elle, s’?loigna de plus en plus ; c’est ainsi que Poucette partit pour l’?tranger

 

Un joli petit papillon blanc ne cessait de voler autour d’elle, et finit par se poser sur la feuille, car Poucette lui plaisait, et elle ?tait bien contente, car la grenouille ne pouvait plus l’atteindre, et le lieu o? elle naviguait ?tait tr?s agr?able; le soleil luisait sur l’eau, c’?tait comme de l’or magnifique. Et elle d?fit sa ceinture, en attacha un bout au papillon, et fixa l’autre bout dans la feuille, et ainsi la feuille prit une course beaucoup plus rapide, et elle avec, puisqu’elle ?tait dessus. ? ce moment arriva en volant un grand hanneton, il l’aper?ut, et aussit?t saisit dans ses pinces la taille gr?le de la petit, qu’il emporta dans un arbre, mais la feuille verte continua de descendre le courant, et le papillon de voler avec, car il ?tait attach? ? la feuille et ne pouvait pas s’en lib?rer.

Dieu! comme Poucette fut effray?e lorsque le hanneton s’envola dans l’arbre avec elle, mais surtout elle fut chagrin?e pour le beau papillon blanc qu’elle avait attach? ? la feuille; s’il ne parvenait pas ? se lib?rer, il allait mourir de faim. Mais c’?tait bien ?gal au hanneton. Avec elle il se pla?a sur la plus grande feuille verte de l’arbre, lui donna le pollen des fleurs ? manger, et lui dit qu’elle ?tait tr?s gentille, bien qu’elle ne ressembl?t pas du tout ? un hanneton. Ensuite tous les autres hannetons qui habitaient l’arbre vinrent lui rendre visite, ils regard?rent Poucette, et les demoiselles hannetons allong?rent leurs antennes et dirent :

- Elle n’a tout de m?me que deux pattes, c’est mis?rable, et elle n’a pas d’antennes !

- Elle a la taille trop mince, fi ! elle ressemble ? l’esp?ce humaine! Qu’elle est laide!

Et pourtant le hanneton qui l’avait prise la trouvait tr?s gentille, mais comme tous les autres disaient qu’elle ?tait vilaine, il finit par le croire aussi, et ne voulut plus l’avoir !

elle pouvait s’en aller o? elle voulait. On vola en bas de l’arbre avec elle, et on la posa sur une grande marguerite ; l?, elle pleura parce qu’elle ?tait si laide que les hannetons ne voulaient pas d’elle, et elle ?tait pourtant l’?tre le plus d?licieux que l’on put imaginer, d?licat et pur comme le plus beau p?tale de rose.

La preuve Poucette v?cut toute seule tout l’?t? dans la grande for?t. Elle se tressa un lit de brins d’herbe et l’accrocha sous une grande feuille de patience, en sorte qu’il ne pouvait pleuvoir sur elle ; elle r?coltait le pollen des fleurs et s’en nourrissait, et elle buvait la ros?e qui ?tait tous les matins sur les feuilles; ainsi pass?rent l’?t? et l’automne, mais vint alors l’hiver, le froid et long hiver. Tous les oiseaux qui lui avaient chant? de belles chansons s’en all?rent, les arbres et les fleurs se fan?rent, la grande feuille de patience sous laquelle elle avait habit? se recroquevilla et devint un p?doncule jaune fan?, et elle eut terriblement froid, car ses v?tements ?taient d?chir?s, et elle-m?me ?tait si petite et si fr?le, la pauvre Poucette, qu’elle devait mourir de froid. Il se mit ? neiger, et chaque flocon de neige qui tombait sur elle ?tait comme un paquet de neige qu’on jetterait sur nous, car nous sommes grands et elle n’avait qu’un pouce. Alors elle s’enveloppa dans une feuille fan?e, mais cela ne pouvait pas la r?chauffer, elle tremblait de froid

 

? l’or?e de la for?t, o? elle ?tait alors parvenue, s’?tendait un grand champ de bl?, mais le bl? n’y ?tait plus depuis longtemps, seul le chaume sec et nu se dressait sur la terre gel?e. C’?tait pour elle comme une for?t qu’elle parcourait. Oh! comme elle tremblait de froid. Elle arriva ainsi ? la porte de la souris des champs. C’?tait un petit trou au pied des f?tus de paille. La souris avait l? sa bonne demeure ti?de, toute sa chambre pleine de grain, cuisine et salle ? manger. La pauvre Poucette se pla?a contre la porte, comme toute pauvre mendiante, et demanda un petit morceau de grain d’orge, car depuis deux jours elle n’avait rien eu du tout ? manger.

- Pauvre petite, dit la souris, car c’?tait vraiment une bonne vieille souris des champs, entre dans ma chambre chaude manger avec moi!

Puis, comme Poucette lui plut, elle dit:

- Tu peux bien rester chez moi cet hiver, mais il faudra tenir ma chambre tout ? fait propre et me conter des histoires, car je les aime beaucoup.

Et Poucette fit ce que demandait la bonne vieille souris, et v?cut parfaitement.

- Nous aurons bient?t une visite, dit la souris des champs, mon voisin a l’habitude de venir me voir tous les jours de la semaine. Il se tient enferm? encore plus que moi, il a de grandes salles et il porte une d?licieuse pelisse de velours noir; si tu pouvais l’avoir pour mari, tu n’aurais besoin de rien; mais il ne voit pas clair. Il faudra lui conter les plus belles histoires que tu saches.

Mais Poucette ne se souciait pas d’avoir le voisin, qui ?tait une taupe. Il vint rendre visite dans sa pelisse de velours noir. Il ?tait riche et instruit, dit la souris des champs, son appartement ?tait aussi vingt fois plus grand que celui de la souris, et il ?tait plein de science, mais il ne pouvait supporter le soleil et les belles fleurs, il en disait du mal, car il ne les avait jamais vues. Poucette dut chanter, et elle chanta » Hanneton, vole, vole » et » Le moine va aux champs», et la taupe devint amoureuse d’elle ? cause de sa belle voix, mais ne dit rien, car c’?tait une personne circonspecte.

Elle s’?tait r?cemment construit un long corridor dans la terre, de sa demeure ? celle de la souris, et elle permit ? la souris et a Poucette de s’y promener tant qu’elles voudraient. Mais elle leur di de ne pas avoir peur de l’oiseau mort qui gisait dans le corridor. C’?tait un oiseau entier avec bec et plumes, qui s?rement ?tait mort depuis peu, au commencement de l’hiver, et avait ?t? enterr? juste ? l’endroit o? elle avait fait son corridor.

La taupe prit dans sa bouche un morceau de m?che, car cela brille comme du feu dans l’obscurit?, et elle marcha devant eux et les ?claira dans le long couloir sombre; lorsqu’ils arriv?rent ? l’endroit o? gisait l’oiseau mort, la taupe dresse en l’air son large nez et heurta le plafond, et cela fit un grand trou par lequel la lumi?re put briller. Sur le sol gisait une hirondelle morte, ses jolies ailes plaqu?es contre son corps, les pattes et la t?te cach?es sous les plumes. Le pauvre oiseau ?tait ?videmment mort de froid. Poucette en eut de la peine, elle aimait tant tous les petits oiseaux, qui avaient si joliment chant? et gazouill? pour elle tout l’?t?, mais la taupe donna un coup de ses courtes pattes ? l’hirondelle, et dit :

- Elle ne piaillera plus! ?a doit ?tre lamentable de na?tre petit oiseau. Dieu merci, aucun de mes enfants ne sera ainsi, un oiseau pareil n’a rien d’autre pour lui que son «qvivit», et doit mourir de faim l’hiver!

- Oui, vous pouvez le dire, vous qui ?tes pr?voyant, dia la souris. Qu’a l’oiseau pour tout son «qvivit», quand vient l’hiver? Il doit avoir faim et geler; mais ce «qvivit» est tout de m?me une grande chose!

Poucette ne dit rien, mais lorsque les deux autres eurent tourn? le dos ? l’oiseau, elle se baissa, ?carta les plumes qui recouvraient la t?te de l’hirondelle, et la baisa sur ses

yeux clos. «C’est peut-?tre celle qui a si joliment chant? pour moi cet ?t?, se dit-elle, quelle joie il m’a procur?e, le bel oiseau!»

Puis la taupe boucha le trou par o? le jour luisait, et les dames l’accompagn?rent ? sa demeure. Mais la nuit, Poucette ne put dormir, elle e se leva de son lit et tressa une belle couverture de paille dont elle alla envelopper l’oiseau mort, et elle mit du coton moelleux, qu’elle avait trouv? chez la taupe, autour du corps de l’oiseau, afin qu’il put ?tre au chaud dans la terre froide.

-Adieu, beau petit oiseau, dit-elle. Adieu, et merci pour tes d?licieux chants de cet ?t?, lorsque tous les arbres ?taient verts et que le soleil brillait si chaud au-dessus de nous!

Et elle posa sa t?te sur la poitrine de l’oiseau, mais fut aussit?t tr?s effray?e, car il y avait comme des battements ? l’int?rieur. C’?tait le coeur de l’oiseau. L’oiseau n’?tait pas mort, il ?tait engourdi, et la chaleur l’avait r?anim?.

 

? l’automne toutes les hirondelles s’envolent vers les pays chauds, mais il en est qui s’attardent, et elles ont tellement froid qu’elles tombent comme mortes, elles restent o? elles sont tomb?es, et la froide neige les recouvre.

Poucette ?tait toute tremblante de frayeur, car l’oiseau ?tait fort grand, ? c?t? d’elle qui n’avait qu’un pouce, mais elle rassembla son courage, pressa davantage le coton autour de la pauvre hirondelle, et alla chercher une feuille de menthe cr?pue, qu’elle avait eue elle-m?me comme couverture, et la passa sur la t?te de l’oiseau.

La nuit suivante elle se glissa de nouveau vers lui, et il ?tait alors tout ? fait vivant, mais tr?s faible; il ne put ouvrir qu’un instant ses yeux et voir Poucette, qui ?tait l?, un morceau de m?che ? la main, car elle n’avait pas d’autre lumi?re.

- Sois remerci?e, gentille enfant lui dit l’hirondelle malade, j’ai ?t? d?licieusement r?chauff?, bient?t j’aurais repris des forces et de nouveau je pourrai voler aux chauds rayons du soleil!

- Oh! dit Poucette, il fait froid dehors, il neige et il g?le, reste dans ton lit chaud, je te soignerai.

Elle apporta de l’eau dans un p?tale de fleur ? l’hirondelle, qui but et raconta comment elle s’?tait bless?e l’aile ? une ronce, et n’avait pas pu voler aussi vite que les autres

hirondelles, qui ?taient parties loin, tr?s loin, vers les pays chauds. Elle avait fini par tomber ? terre, ensuite elle ne se rappelait plus rien, et ne savait pas du tout comment elle ?tait venue l?.

Tout l’hiver elle y restera, et Poucette fut bonne pour elle, et l’aima beaucoup; ni la taupe ni la souris des champs ne s’en dout?rent, car elles ne pouvaient sentir la pauvre malheureuse hirondelle

 

D?s que vint le printemps et que le soleil r?chauffa la terre, l’hirondelle dit adieu ? Poucette, qui ouvrit le trou fait par la taupe au-dessus. Le soleil rayonnait superbe au- dessus d’elles, et l’hirondelle demanda ? Poucette si elle ne voulait pas venir avec elle, car elle pourrait se mettre sur son dos, elles s’envoleraient ensemble loin dans la for?t verte. Mais Poucette savait que cela ferait de la peine ? la vieille souris des champs, si elle la quittait ainsi.

- Non je ne peux pas, dit Poucette.

- Adieu, adieu, bonne et gentille fille, dit l’hirondelle en s’envolant au soleil.

Poucette la suivit des yeux, et ses yeux se mouill?rent, car elle aimait beaucoup la pauvre hirondelle.

- Qvivit! qvivit! chanta l’oiseau.

Et il s’?loigna dans la for?t verte.

Poucette ?tait triste. Elle n’eut pas la permission de sortir au chaud soleil: le bl?, qui ?tait sem? sur le champ au-dessus de la maison de la souris, poussa d’ailleurs haut en

l’air, c’?tait une for?t drue pour la pauvre petite fille qui n’avait qu’un pouce.

- Cet ?t? tu vas coudre ton costume, lui dit la souris, car sa voisine, l’ennuyeuse taupe ? la pelisse de velours noir, l’avait demand? en mariage. Tu n’auras de la laine et du linge. Tu auras de quoi t’asseoir et te coucher, quand tu seras la femme de la taupe!

Poucette dut filer ? la quenouille, et la souris embaucha quatre araign?es pour filer et tisser nuit et jour. Tous les soirs la taupe venait en visite, et parlait toujours de la fin

de l’?t?, quand le soleil serait beaucoup moins chaud, car pour le moment il br?lait la terre, qui ?tait comme une pierre; quand l’?t? serait fini auraient lieu les noces avec Poucette; mais la petite n’?tait pas contente, car elle n’aimait pas du tout l’ennuyeuse taupe. Tous les matins, quand le soleil se levait, et tous les soirs quand il se couchait, elle se glissait dehors ? la porte, et si le vent ?cartait les sommets des tiges, de fa?on qu’elle pouvait voir le ciel bleu, elle se disait que c’?tait clair et beau, l? dehors, et elle d?sirait bien vivement revoir sa ch?re hirondelle; mais elle ne reviendrait jamais, elle volait s?rement tr?s loin dans la for?t verte

 

Lorsque l’automne arriva, Poucette eut sa corbeille toute pr?te.

- Dans quatre semaines ce sera la noce, lui dit la souris.

Et Poucette pleura et dit qu’elle ne voulait pas de l’ennuyeuse taupe.

- Tatata, dit la souris, ne regimbe pas, sans quoi je te mords avec ma dent blanche! C’est un excellent mari que tu auras, la reine elle-m?me n’a pas une pelisse de velours noir pareille. Il a cuisine et cave. Remercie Dieu de l’avoir.

La noce devait donc avoir lieu. La taupe ?tait venue d?j? pour prendre Poucette, qui devait habiter avec son mari au profond de la terre, ne jamais sortir au chaud soleil qu’il ne pouvait pas supporter. La pauvre enfant ?tait tout afflig?e, elle voulait dire adieu au beau soleil, que du moins, chez la souris, il lui avait ?t? permis de regarder de la porte.

- Adieu, lumineux soleil! dit-elle, les bras tendus en l’air, et elle fit quelques pas hors de la demeure de la souris, car le bl? avait ?t? coup?, il ne restait plus que le chaume sec. Adieu, adieu! dit-elle, et elle entoura de ses bras une petite fleur rouge qui ?tait l?! Salue de ma part la petite hirondelle, si tu la vois.

- Qvivit! qvivit! dit-on ? ce moment au-dessus de sa t?te.

Elle regarda en l’air, c’?tait la petite hirondelle, qui passait justement. Aussit?t qu’elle vit Poucette, elle fut ravie; la fillette lui raconta qu’elle ne voulait pas du tout avoir

pour mari la vilaine taupe, et qu’elle habiterait ainsi au fond de la terre, o? le soleil ne brillerait jamais. De cela, elle ne pouvait s’emp?cher de pleurer.

- Voil? le froid hiver qui vient, dit la petite hirondelle, je m’envole au loin vers les pays chauds, veux-tu venir avec moi? Tu peux te mettre sur mon dos, tu n’as qu’? t’attacher fortement avec ta ceinture, et nous nous envolerons loin de la vilaine taupe et de sa sombre demeure, bien loin par-dessus les montagnes jusqu’aux pays chauds o? le soleil luit, plus beau qu’ici, o? c’est toujours l’?t? avec des fleurs exquises. Viens voler avec moi, ch?re petite Poucette qui m’a sauv? la vie lorsque je gisais gel?e dans le sombre caveau de terre!

- Oui j’irais avec toi, dit Poucette, qui se mit sur le dos de l’oiseau, les pieds sur ses ailes ?tendues, et attacha fortement sa ceinture ? une des plus grosses plumes.

Et ainsi l’hirondelle s’?leva haut dans l’air, au-dessus de la for?t et au-dessus de la mer, haut au-dessus des grandes montagnes toujours couvertes de neige, et Poucette eut froid dans l’air glac?, mais elle se recroquevilla sous les plumes chaudes de l’oiseau, et passa seulement sa petite t?te pour voir toute la splendeur ?tal?e sous elle

 

Et elles arriv?rent aux pays chauds. Le soleil y brillait, beaucoup plus lumineux qu’ici. Le ciel ?tait deux fois plus ?lev?, et dans des foss?s et sur des haies poussaient de d?licieux raisins blancs et bleus. Dans les for?t pendaient des citrons et des oranges, les myrtes et la menthe cr?pue embaumaient, et sur la route couraient de d?licieux enfants qui jouaient avec de grands papillons diapr?s. Mais l’hirondelle vola plus loin encore, et ce fut de plus en plus beau. Sous de magnifiques arbres verts au bord de la mer bleue se trouvait un ch?teau de marbre d’une blancheur ?clatante, fort ancien. Les ceps de vigne enla?aient les hautes colonnes; tout en haut ?taient de nombreux nids d’hirondelle, et dans l’un d’eux habitait celle qui portait Poucette.

- Voil? ma maison, dit l’hirondelle, mais si tu veux te chercher une des superbes fleurs qui poussent en bas, je t’y poserai, et tu seras aussi bien que tu peux le d?sirer.

- C’est parfait, dit Poucette, et ses petites mains battirent.

Il y avait par terre une grande colonne de marbre blanc qui ?tait tomb?e et s’?tait cass?e en trois morceaux, entre lesquels poussaient les plus belles fleurs blanches.

L’hirondelle y vola et d?posa Poucette sur l’une des larges p?tales; mais quelle surprise fut celle de la petite fille! Un petit homme ?tait assis au milieu de la fleur, aussi blanc et transparent que s’il avait ?t? de verre; il avait sur la t?te une belle couronne d’or et aux ?paules de jolies ailes claires, et il n’?tait pas plus grand que Poucette. C’?tait l’ange de la fleur. Dans chaque fleur habitait un pareil ange, homme ou femme, mais celui-l? ?tait le roi de tous.

- Oh! qu’il est beau, chuchota Poucette ? l’hirondelle.

 

Le petit prince fut tr?s effray? par l’hirondelle, car elle ?tait un ?norme oiseau ? c?t? de lui, qui ?tait si petit et menu, mais lorsqu’il vit Poucette il fut enchant?, c’?tait la plus belle fille qu’il e?t encore jamais vue. Aussi prit-il sur sa t?te sa couronne d’or qu’il pla?a sur la sienne, lui demanda comment elle s’appelait et si elle voulait ?tre sa femme, elle serait ainsi la reine de toutes les fleurs! Oh! c’?tait l? un mari bien diff?rent du fils de la grenouille et de la taupe ? la pelisse de velours noir. Elle dit donc oui au charmant prince, et de chaque fleur arriva une dame ou un jeune homme, si gentil que c’?tait un plaisir des yeux; chacun apportait un cadeau ? Poucette, mais le meilleur de tous fut une couple de belles ailes d’une grande mouche blanche; elles furent accroch?es au dos de Poucette, qui put ainsi voler d’une fleur ? l’autre; c’?tait bien agr?able, et la petite hirondelle ?tait l?-haut dans son nid et chantait du mieux qu’elle pouvait, mais en son coeur elle ?tait afflig?e, car elle aimait beaucoup Poucette,et aurait voulu ne jamais s’en s?parer.

- Tu ne t’appelleras pas Poucette, lui dit l’ange de la fleur, c’est un vilain nom, et tu es si belle. Nous t’appellerons Maia.

- Adieu, adieu! dit la petite hirondelle, qui s’envola de nouveau, quittant les pays chaud pour aller tr?s loin, jusqu’en Danemark.

C’est l? qu’elle avait un nid au-dessus de la fen?tre o? habite l’homme qui sait conter des contes, elle lui a chant? son «qvivit, qvivit!» et c’est de l? que nous tenons toute l’histoire.


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